Dispositif :
Dans un délai de six mois après la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport portant sur les risques psychosociaux auxquels sont exposés les personnels des services départementaux d'incendie et de secours. Ce rapport porte une attention particulière aux problématiques spécifiques des personnels du service de santé et de secours médical. Il investigue les liens de causalité pouvant être mis en évidence entre la diminution des moyens dévolus à la sécurité civile et ses acteurs, la hausse du volume des interventions et son niveau relatif par sapeur pompier et l'état de bien-être mental des personnels en question. Ce rapport traite des risques psychologiques associés à la survenue de maladies professionnelles ainsi que des états de stress post-traumatique résultant de l'exercice des missions des personnels. Pour finir, il propose des pistes d'amélioration en débutant par un exercice prospectif relatif à l'extension des missions, la hausse des moyens dévolus aux psychologues des services départementaux d'incendie et de secours tout en considérant une hausse de leurs effectifs et une meilleure répartition territoriale.
Exposé sommaire :
Par cet amendement, le groupe LFI-NFP souhaite alerter sur les risques psychosociaux auxquels sont exposés les personnels des SDIS, a fortiori les personnels de santé, comme l'avait déjà fait le groupe LFI et le député Florian Chauche lors de la précédente législature.
Les sapeurs pompiers sont exposés au danger dans le cadre de leurs interventions. Le danger inhérent à cette activité figure au code de la sécurité intérieure dont l'article L. 723‑1 reconnait « le caractère dangereux du métier et des missions exercés par les sapeurs-pompiers ».
Des sapeurs-pompiers sont régulièrement blessés ou décèdent lors d'interventions. Ce caractère risqué de l'activité est bien connu du grand public et figure d'ailleurs dans la devise de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris : « sauver ou périr ». Nous regrettons le fait que les questions de santé et de sécurité des près de 255 000 sapeurs pompiers du pays sont tues. L'État ferme largement les yeux sur les maladies professionnelles qui résultent de cette activité, notamment les cas de cancer en conséquence de l'exposition aux fumées toxiques et contaminations liées. Les politiques publiques provoquent même des mises en danger, en équipant les sapeurs pompiers de cagoules ne filtrant absolument pas les composés toxiques auxquels ils sont exposés. Ces soldats de feu se sont même crus protégés.
C'est encore plus vrai des risques psycho-sociaux auxquels sont confrontés les sapeurs pompiers, l'ensemble des personnels des SDIS dont les personnels de santé, sont moins connus.
Les sapeurs pompiers sont mis sous pression par les politiques de sous-financement du système de sécurité civile et d'assèchement des finances locales, particulièrement départementales. C'est bien là, dans la politique austéritaire de compression des dépenses publiques de sécurité civile, que réside la source de la crise du recrutement de sapeurs pompiers que l'auteur de cette proposition de loi feint de ne pas voir : les effectifs stagnent, le renouvellement générationnel ne se fait pas, l'âge moyen des sapeurs pompiers augmente. Ces mêmes pompiers sont sollicités sur toujours plus d'interventions : l'activité des SIS a bondi de 28,8 % entre 2002 et 2021.
Cette charge accrue contribue à mettre en danger psychologique les sapeurs pompiers.
Les sapeurs pompiers sont un public particulièrement sujet à l'état de stress post traumatique. De l'étude réalisée par le Centre de recherche du service de santé des armées et la cellule médico-psychologique de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris en 2005, il ressortait que 10,6 % des sapeurs pompiers présentaient un score fortement compatible avec l'existence d'un tel état de stress post traumatique. Nous pensons ici aux opérateurs téléphoniques des SDIS qui sont concernés au premier chef.
Les effectifs de psychologues au sein des SDIS sont largement insuffisants. À peine 347 psychologues pour 254 800 sapeurs pompiers, soit un psychologue pour 734 pompier, un chiffre ridiculement faible. Ceux-ci sont inégalement répartis dans 86 SDIS : ainsi, il n'y a qu'un seul psychologue présent dans le département du Tarn.
Pour toutes ces raisons, le groupe LFI-NFP sollicite la remise d'un rapport portant sur les risques psycho-sociaux auxquels sont exposés les sapeurs pompiers et les soignants des SDIS. Celui-ci permettra de mettre en lumière les conséquences néfastes de l'austérité imposée à la sécurité civile pour l'état psychologique des personnels et étudiera la piste d'un renforcement de l'accompagnement psychologique, notamment post opération, et des moyens dévolus à la psychologie dans les SDIS.
Sort : Adopté | Déposé le 14/02/2025
Source : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/AMANR5L17PO420120B0841P0D1N000009.xml
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Création du cadre d'emploi des personnels de santé des services d’incendie et de secours
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Procédure
- 21 janvier 2025 — Dépôt du texte (n° 841)
- 19 février 2025 — Examen en commission (Commission des affaires sociales)
Exposé des motifs
Mesdames, Messieurs,
Durant les trente dernières années le nombre de sapeurs‑pompiers volontaires et professionnels n'a cessé d'augmenter en France, ils sont aujourd'hui 239 600 dont 41 800 sapeurs‑pompiers professionnels.
Leur activité est faite de secours et de soins aux personnes, de lutte contre les incendies, de secours routiers et d'opérations diverses.
Les services départementaux d'incendie et de secours (SIS) disposent de médecins mais aussi d'infirmiers, de pharmaciens, de vétérinaires et de psychologues, sapeurs‑pompiers professionnels ou volontaires. Ils y exercent leur art au bénéfice des victimes secourues, tout autant qu'à celui des personnels et agents des SDIS. En effet, la caractéristique de cette médecine est qu'elle associe en compétence et en aptitude : la médecine d'aptitude et de prévention, la médecine d'urgence pré hospitalière et la médecine générale. Elle fait appel à des connaissances de santé publique qui en font une exception au sein du système de santé.
Or, paradoxe de ce système, plus le nombre des sapeurs‑pompiers croît, plus il semble difficile de recruter des médecins, infirmiers, pharmaciens, psychologues et docteurs‑vétérinaires pour assurer les suivis et l'accompagnement des pompiers au sein des services d'Incendie et de secours (SIS).
Autre paradoxe et non le moindre, le nombre de médecins présents dans les services d'incendie et de secours (SIS) n'a cessé de diminuer alors même que l'âge moyen des sapeurs‑pompiers, lui, n'a cessé d'augmenter.
Les sous‑directions de santé des SIS sont, aujourd'hui, composés à 96 % par des pompiers volontaires avec 3 724 médecins, 7 843 infirmiers, 564 pharmaciens, 306 vétérinaires, 347 psychologues et 86 cadres de santé.
Autre vérité qu'il convient de rappeler, les missions des sapeurs‑pompiers ont énormément évolué sur les 15 dernières années et les risques qui s'y attachent également.
Ainsi, même si l'activité s'est plus recentrée sur les secours et soins aux personnes au détriment de l'incendie et du secours routier, il semble important de noter que d'autres risques, ayant un impact direct sur l'état de santé des sapeurs‑pompiers, se sont accentués, nécessitant un suivi renforcé de la part des services médicaux des sapeurs‑pompiers.
C'est le cas notamment des troubles musculosquelettiques, principale cause des arrêts maladie chez les sapeurs‑pompiers, qui sont notamment provoqués par les activités de brancardage ou de transport des victimes. En même temps, les préoccupations et obligations de prévention en santé se sont développées, notamment celles liées à la toxicité des fumées d'incendie.
Les risques psycho‑sociaux ont également fortement augmenté, en corrélation avec l'augmentation du nombre des agressions dont sont victimes les sapeurs‑pompiers (+ 380 % en 15 ans) et l'augmentation en volume de l'activité, qui mobilise les sapeurs‑pompiers de plus en plus fréquemment.
Cependant, il existe aujourd'hui une anomalie dans le fonctionnement des services de santé des SIS car : ils sont en charge de la médecine d'aptitude et de prévention, du soutien sanitaire opérationnel au profit des sapeurs‑pompiers en plus de leurs missions dans le cadre de l'aide médicale urgente au profit des victimes secourues. Or, à ce jour les médecins de sapeurs‑pompiers exercent cumulativement toutes ces fonctions sans y avoir été expressément autorisés par les textes en vigueur.
En effet, un médecin ne peut être, tout à la fois, médecin de prévention, médecin d'aptitude ou médecin de soins. De plus, la certification des professionnels de santé, qui vise à l'amélioration de la qualité des soins, ne prend pas en compte les modes d'exercice particuliers tel celui des médecins de sapeurs‑pompiers qui n'est pas identifié comme une spécialité médicale.
La plupart des SIS évoluent donc dans un cadre légal qui n'est ni clair ni transparent puisqu'ils ne disposent pas de médecins du travail susceptible d'assurer les visites de prévention de sapeurs‑pompiers professionnels. Et, pour autant, les SIS sont très attachés à leur fonctionnement actuel de suivi médical de leurs personnels, qu'ils jugent adapté et performant.
Le suivi médical des sapeurs‑pompiers est ainsi assuré par les médecins et infirmiers de sapeurs‑pompiers, au sein des services de santé et de secours médicaux des SIS. Un certain nombre d'examens y sont réalisés par les infirmiers et les médecins dans le cadre des dispositions de l'arrêté du ministre de l'Intérieur du 6 mai 2000, fixant les conditions d'aptitude médicale des sapeurs‑pompiers professionnels et volontaires et les conditions d'exercice de la médecine professionnelle et préventive au sein des SIS. À l'issue de ces examens, un avis d'aptitude est rendu lors de la visite médicale dite périodique.
Les sapeurs‑pompiers, professionnels et volontaires, peuvent également être reçus en consultation d'urgence par le médecin de sapeurs‑pompiers.
Par analogie, il apparaît que l'exercice duquel se rapproche le plus celui des médecins de sapeurs‑pompiers professionnels est celui des médecins des forces du service de santé des Armées, qui disposent du statut particulier des praticiens des Armées autorisant la polyvalence de leur exercice.
Dans un contexte de rareté de la ressource et afin de permettre aux services de santé des SIS de conserver leur mode de fonctionnement qui s'est grandement structuré depuis la mise en œuvre de la départementalisation des SIS, il apparaît nécessaire de créer un cadre d'emploi particulier pour les personnels des services de santé des SIS, pour qu'ils puissent réaliser l'ensemble de leurs missions moyennant une formation adaptée et un travail en réseau.
Les différentes études indiquent que l'attractivité tient, pour une bonne part, au travail en équipe associé à une rémunération proche de celle des autres professionnels de santé. Plus de 60 % des médecins de sapeurs‑pompiers professionnels jugent que le montant de leur rémunération est clairement devenu un frein au recrutement.
La présente proposition de loi vise à créer un cadre d'emploi pour les personnels de santé des SIS, qu'ils soient médecins, infirmiers, pharmaciens, psychologues ou docteurs‑vétérinaires. Elle vise à permettre le maintien d'une médecine de qualité au sein des SIS, en soutien aux sapeurs‑pompiers, de rendre plus attractif l'exercice de cette médecine par une activité diversifiée et polyvalente et d'en sécuriser la pratique
Ces champs nouveaux de compétences pour les personnels des services de santé des SIS devront s'accompagner, dans le respect des règles de révision du statut de la fonction publique territoriale, d'une revalorisation de leur rémunération. L'égalité de traitement avec les personnels de santé des armées semblant une base pertinente.