Renforcer l’enseignement à la défense nationale dans le cadre du parcours de citoyenneté
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Louis Boyard 3398034a39 Amendement 5 — art. premier
Dispositif :

    Supprimer cet article.

Exposé sommaire :

    Les députés du groupe La France insoumise sont opposés à cette proposition de loi ; cet amendement vise ainsi à la vider de son contenu. Depuis des années, les responsables politiques macronistes sapent méthodiquement les services publics puis feignent de s'étonner lorsque ceux-ci n'arrivent plus à remplir leurs missions. L'éducation n'échappe pas à la règle. Les auteurs de cette proposition de loi (PPL) déplorent ainsi que l'enseignement à la défense, déjà prévu par le code de l'éducation nationale, ne soit pas suffisamment dispensé dans les classes du secondaire.
    Ils reconnaissent pourtant que ces lacunes sont dues aux manques criants de moyens dans l'Éducation nationale : le rapporteur de cette PPL C. Blanchet déplore ainsi dans rapport que « dans un contexte de pénuries de ressources humaines et d'attrition des moyens budgétaires, la difficulté récurrente des enseignants à terminer dans les temps les programmes scolaires en raison de l'inflation de ces mêmes programmes[…] expliquent également la faible diffusion de l'enseignement de défense ».
    Le bilan des gouvernements successifs depuis 2017 est en effet accablant à cet égard : plus de 8800 suppressions de poste d'enseignants dans le secondaire depuis 2017 (chiffres du Snes-Fsu), avec des manques d'enseignants dans 55% des établissements scolaires à la rentrée 2025, tout en augmentant le nombre d'élèves par classe (25,8 élèves par classe au collège, soit 5 de plus que la moyenne de l'UE). Pourtant, malgré ce constat, les auteurs de cette PPL veulent encore alourdir les programmes du secondaire, déjà surchargés faute de moyens et de temps. Le référentiel créé par cette PPL et les enseignements qui en découleront se feront donc nécessairement au détriment des autres disciplines et programmes déjà existants ; si l'enseignement à la défense peut avoir un intérêt, les enjeux écologiques, l'éducation à l'égalité ou contre le sexisme et les discriminations sont prioritaires pour une éducation émancipatrice. L'objet de cette PPL est tout autre : son auteur la décrit comme « le pendant humain et moral des investissements budgétaires consentis en faveur des armées », c'est-à-dire comme une manière d'accompagner la martialisation du discours de l'exécutif, qui utilise la rhétorique de « l'économie de guerre » et du « réarmement » pour justifier la guerre sociale qu'il mène dans le pays.
    Plus grave encore, ce texte permet aux réservistes, notamment ceux des armées, d'intervenir dans les salles de classes des enseignements relatifs à la défense. Ce n'est pas le rôle des réservistes, dont les compétences n'ont rien à voir avec celles des enseignants. L'éducation, même à la défense, doit être assurée par des professeurs, non par des militaires. La possibilité pour les réservistes des armées d'intervenir dans les établissements du secondaire, couplée à une baisse régulière des moyens de l'Éducation nationale, entrainera de facto une utilisation croissante des moyens des armées pour pallier la baisse de ceux de l'Éducation nationale, sciemment orchestrée par les gouvernements macronistes successifs. Cette stratégie de sape progressive de l'école publique et du rôle des professeurs doit être combattue en bloc.

Sort : Rejeté | Déposé le 12/03/2026
Source : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/AMANR5L17PO838901BTC2523P0D1N000005.xml

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Renforcer lenseignement à la défense nationale dans le cadre du parcours de citoyenneté

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Procédure

  • 27 janvier 2026 — Dépôt du texte (n° 2385)
  • 25 février 2026 — Examen en commission (Commission saisie au fond)
  • 26 mars 2026 — Discussion en séance publique (sur le texte de la commission)

Exposé des motifs

Mesdames, Messieurs,

La défense nationale est l'affaire de tous. En vertu de l'article L. 1111 du code du service national, « les citoyens concourent à la défense et à la cohésion de la Nation ».

Pourtant, depuis la suspension du service national obligatoire en 1997, une part croissante de la jeunesse ignore les principes et les acteurs de la défense nationale.

Le rapport d'information n° 2693, présenté par les députés Christophe Blanchet et Martine Étienne en mai 2024, a souligné l'urgence de redonner à l'éducation à la défense une place centrale dans la formation civique des élèves.

Il nous faut un « passage à l'échelle » de cet enseignement, à travers la création d'un cours structuré et obligatoire de défense globale, intégré à l'emploi du temps scolaire et articulé avec le parcours de citoyenneté (enseignement, recensement, journée défense et citoyenneté).

Ce texte propose donc d'inscrire dans la loi un enseignement à la défense nationale clairement identifié au sein du code de l'éducation, sans alourdir les charges publiques.Il s'appuie sur les dispositifs existants (enseignants, réservistes citoyens et opérationnels, classes de défense et de sécurité globale, partenariats arméeséducation).

Il est mis en œuvre à moyens constants par réaffectation et priorisation des dotations déjà consacrées à l'éducation à la défense (en particulier les crédits dédiés aux dispositifs pédagogiques financés sur le programme 169 « Reconnaissance et réparation en faveur du monde combattant, mémoire et liens avec la Nation »).

Il n'entraîne aucune création d'emploi dédiée ni de dépense nouvelle, les charges éventuelles étant, en tout état de cause, gagées dans le texte.

L'objectif est simple : permettre à chaque jeune Français de comprendre la mission des armées, les enjeux de souveraineté et de résilience, et la place du citoyen dans la défense de la Nation. Mais audelà de la seule dimension militaire, il s'agit de donner aux élèves des clés de lecture sur :

les armées et forces de sécurité intérieure, leur rôle dans la protection du territoire et des populations ;

les menaces hybrides (terrorisme, ingérences, désinformation, guerres hybrides) qui visent nos institutions démocratiques ;

les enjeux de cybersécurité et de sécurité numérique, déjà identifiés dans le rapport comme un axe prioritaire de coopération entre l'ANSSI et l'Éducation nationale ;

la sécurité des approvisionnements et des infrastructures critiques (énergie, réseaux, stocks stratégiques), au cœur des politiques de défense et de résilience ;

la gestion civile des crises (catastrophes naturelles, pandémies, menaces sur la population) et la mobilisation de l'ensemble des services de l'État.

En donnant une vision globale de ces enjeux militaire, civile, numérique, énergétique l'enseignement à la défense devient un outil de résilience nationale, au service du lien arméesNation et de la cohésion républicaine.

Le rapport d'information n° 2693 montre que la France n'est pas pionnière en la matière : plusieurs pays comparables ont déjà développé des enseignements obligatoires de défense ou de sécurité nationale au lycée :

En Finlande, les lycéens suivent un cours obligatoire intitulé « La Finlande dans un monde qui change », décliné tout au long de l'année en 38 séances de 45 minutes. Ce cours aborde la politique de défense et de sécurité finlandaises, la question des stocks stratégiques, la gestion civile des crises et les enjeux géopolitiques, dans une approche civique et non militarisée.

En Estonie, les lycéens bénéficient d'un cours obligatoire relatif à la défense nationale, structuré en 35 séances de 35 minutes. Dans le lycée franco estonien visité par la mission, cet enseignement est assuré par un ancien civil du ministère de la Défense et un réserviste opérationnel, ancien lieutenant dans les forces armées estoniennes. En fin d'année, les élèves peuvent participer lors d'un week-end à un camp d'initiation à la vie militaire sur la base du volontariat. Et c'est ainsi que grâce à la pédagogie inculquée depuis le plus jeune âge, jusqu'à ce module-là, ce sont 90 % d'une classe d'âge qui souhaitent participer à ce week-endlà.

Ces exemples démontrent qu'un cours dédié à la défense et à la sécurité est pleinement compatible avec les exigences d'une démocratie moderne, dès lors qu'il est conçu comme un enseignement civique, pluraliste et transparent.

Le coût de la réforme doit être apprécié à l'aune du schéma hybride proposé par la mission d'information. Il ne s'agit pas de créer un dispositif ex nihilo, mais de mettre à l'échelle une politique publique déjà structurée autour de l'éducation à la défense, en mobilisant des moyens existants et en renforçant les partenariats entre l'Éducation nationale et le ministère des Armées.

Sur une base d'environ un million d'élèves de seconde, soit près de 33 000 classes, un module annuel de trentecinq séances représente environ 670 000 heures d'enseignement. Converti en équivalents temps plein (ETP), ce volume atteint un peu plus de 1 000 ETP, chiffre théorique qui constituerait une évaluation maximale si l'intégralité de ces heures devait être assurée par des enseignants à moyens nouveaux.

Le modèle retenu par la mission est très différent. Il repose sur :

la mobilisation des réservistes citoyens et opérationnels, dont l'intervention relève des crédits actuellement portés par le ministère des armées ;

l'extension progressive du réseau des classes de défense et de sécurité globale, déjà financé et structuré ;

la montée en puissance des dispositifs pédagogiques existants, notamment les projets soutenus chaque année par la direction de la mémoire, de la culture et des archives, qui finance environ 700 initiatives pour un montant proche de 900 000 euros ;

le redéploiement et la priorisation des crédits dédiés au lien arméesNation, en particulier au sein du programme 169.

Dans ce cadre, le coût net additionnel de la généralisation du module obligatoire peut être estimé entre 10 et 15 millions d'euros par an. Cette enveloppe correspond essentiellement à l'effort d'organisation, de coordination et d'appui pédagogique nécessaire pour diffuser, sur l'ensemble du territoire, un enseignement à la défense déjà expérimenté et largement soutenu par les armées.

La proposition de loi prévoit enfin que toute charge éventuelle est intégralement compensée par une taxe additionnelle aux droits mentionnés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts, assurant ainsi la conformité du texte aux exigences de l'article 40 de la Constitution.

Ainsi, ce texte permet de généraliser l'enseignement à la défense nationale dans le cadre du parcours de citoyenneté, en cohérence avec les propositions du rapport parlementaire, tout en restant juridiquement recevable et budgétairement soutenable.

L'article 1er permet d'inscrire dans le code de l'éducation un enseignement à la défense nationale clairement identifié, en définissant son périmètre, son objectif et les acteurs susceptibles d'y contribuer, notamment les réservistes citoyens et opérationnels. Il donne ainsi un cadre juridique stable à un contenu aujourd'hui trop dispersé dans l'enseignement moral et civique.

L'article 2 permet de gager ce texte. Il garantit que la réforme ne crée aucune charge nouvelle et que toute dépense éventuelle est intégralement compensée conformément aux exigences de l'article 40 de la Constitution.