Lutter contre la mortalité infantile
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Marie-Charlotte Garin 88303d10b7 Amendement 16 — art. 3
Dispositif :

    Compléter l'alinéa 2 par la phrase suivante :
    « Ces formations peuvent inclure une sensibilisation à la réduction de l'exposition des femmes enceintes aux perturbateurs endocriniens et aux facteurs de risque environnementaux. »

Exposé sommaire :

    La santé des nouveau-nés commence avant même la naissance. Or, nous savons depuis des années que l'exposition des femmes enceintes à des substances toxiques — pollution de l'air, pesticides, perturbateurs endocriniens, plastifiants, solvants — a des effets graves sur le développement du fœtus : naissances prématurées, malformations, complications néonatales. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) alerte inlassablement sur ces risques.
    Pourtant, malgré ces données scientifiques solides, le gouvernement reste sourd. Pas de stratégie nationale digne de ce nom, pas d'interdictions fermes, pas de régulation à la source. Les lobbies de la chimie, de l'agroalimentaire et des cosmétiques peuvent dormir tranquilles.
    De fait, on laisse aux femmes enceintes la responsabilité de se protéger elles-mêmes. C'est à elles de chercher l'information, de décrypter les étiquettes, de télécharger des applications parfois payantes pour savoir ce qu'elles mettent sur leur peau ou dans leur assiette. Cette individualisation de la vigilance est un scandale sanitaire et social. L'État sait ce qui est dangereux, mais n'interdit pas. Il se contente de renvoyer la charge sur les citoyennes.
    En attendant que le gouvernement ait le courage d'affronter les intérêts privés pour protéger la santé publique, le groupe Écologiste et Social propose, par cet amendement, de commencer par le plus simple : former les professionnels de santé.
    Nous proposons en conséquence d'ajouter à l'article 3 de la proposition de loi une précision permettant d'inclure, dans les formations aux gestes d'urgence obstétricale, une sensibilisation aux perturbateurs endocriniens et aux risques environnementaux. Les sages-femmes, gynécologues et soignants en maternité sont au contact des futures mères. Ils doivent avoir les outils pour informer, accompagner et prévenir ces risques.
    Cet amendement est une réponse minimale face à l'inaction du gouvernement. Il s'inscrit dans une démarche de santé publique de bon sens, en attendant que soit enfin prise la seule décision logique : interdire à la source ce qui nuit à la santé des enfants et de celles qui les portent.

Sort : Adopté | Déposé le 12/05/2025
Source : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/AMANR5L17PO838901BTC1373P0D1N000016.xml

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Groupe: EcoS
Angit-Diff: auto
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articles Amendement 16 — art. 3 2025-05-12 12:00:00 +02:00
.mailmap Dépôt : Lutter contre la mortalité infantile 2025-04-01 12:00:00 +02:00
README.md Texte de la commission — réconciliation avec le texte officiel 2025-05-07 12:00:00 +02:00

Lutter contre la mortalité infantile

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Procédure

  • 1er avril 2025 — Dépôt du texte (n° 1237)
  • 7 mai 2025 — Examen en commission (Commission des affaires sociales)
  • 15 mai 2025 — Discussion en séance publique (sur le texte de la commission)

Exposé des motifs

Mesdames, Messieurs,

La mortalité infantile en France suit une trajectoire préoccupante. Alors qu'elle recule dans la plupart des pays européens, elle progresse régulièrement depuis 2020. En 2024, elle s'est élevée à 4,1 décès pour 1 000 naissances vivantes, contre 3,5 quatre ans plus tôt. 2 800 nourrissons sont décédés avant leur premier anniversaire, dont près de 70 % au cours du premier mois de vie. Cette évolution place désormais la France au 23e rang sur 27 au sein de l'Union européenne.

Face à cette tendance alarmante, plusieurs travaux ont souligné l'absence d'une réponse cohérente et structurée. La mission flash menée par les députés Anne Bergantz et Philippe Juvin a mis en lumière les carences du système dans le pilotage de la santé périnatale : manque d'outils de suivi, défaut de consolidation des données, inégalités de pratiques, et absence de stratégie nationale coordonnée. Ces constats rejoignent ceux formulés de longue date par les soignants et les chercheurs.

Parmi les éléments de contexte les plus préoccupants figure l'éloignement géographique croissant des structures de soins. En cinquante ans, les trois quarts des maternités ont fermé, bouleversant en profondeur le maillage territorial. Aujourd'hui, près de 900 000 femmes résident à plus de 30 minutes d'une maternité, et le nombre de celles vivant à plus de 45 minutes a augmenté de 40 % depuis 2000. Une enquête récente réalisée par les journalistes Anthony Cortes et Sébastien Leurquin révèle que le risque de décès néonatal est multiplié par deux lorsque le trajet jusqu'à la maternité dépasse 45 minutes. Ce seul chiffre suffit à mesurer la part de danger que fait peser l'éloignement sur des milliers de naissances, chaque année.

Cette réalité prend un relief particulier dans certains territoires insulaires, ruraux ou de montagne, où le temps d'accès aux soins dépasse fréquemment les seuils reconnus comme critiques. À titre d'exemple, en CorseduSud, la fermeture envisagée de la maternité de PortoVecchio aurait contraint les femmes de la région à parcourir plus de deux heures de route pour accoucher à Bastia — soit trois fois le seuil de 45 minutes audelà duquel les risques néonatals sont considérés comme critiques. Un tel éloignement fait peser des dangers réels sur la sécurité des mères et des nouveaunés. Ce type de configuration territoriale, s'il venait à se généraliser, rendrait toute politique de santé périnatale inopérante.

Par ailleurs, l'accès aux soins ne peut être dissocié de la désorganisation plus large de la filière périnatale : saturation des établissements de référence, sousdotation chronique en personnel, effritement des dispositifs de prévention, et déclin des services de protection maternelle et infantile, dont la fréquentation a été divisée par deux en vingt ans. L'ensemble du parcours de soin se trouve fragilisé, de la grossesse au suivi postnatal.

À cela s'ajoute une carence fondamentale : la France ne dispose pas d'un registre national des naissances, alors même que plusieurs pays européens s'appuient sur ce type d'outil pour comprendre, prévenir et corriger les causes de décès précoces. L'absence de telles données rend impossible la construction d'indicateurs robustes et la mise en œuvre de politiques publiques adaptées.

Il va de soi que la lutte contre la mortalité infantile nécessite une approche globale, incluant notamment la prévention, la couverture vaccinale, la lutte contre la précarité ou encore l'accompagnement des familles. Mais le présent texte fait le choix de s'attaquer en priorité à un levier essentiel et structurant : l'accès aux soins, leur organisation territoriale et la consolidation des données de santé périnatale. Sans une action déterminée sur ces leviers, toute ambition en matière de santé périnatale restera un affichage sans effet.

L'article 1er prévoit la mise en place d'un registre national des naissances, en intégrant au Système national des données de santé (SNDS) des informations aujourd'hui éparpillées ou non exploitées à des fins de pilotage : les bulletins d'état civil, transmis par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), ainsi que les certificats de santé de l'enfant, réalisés dans le cadre des examens obligatoires. Ces derniers font déjà l'objet d'une démarche de dématérialisation, qui pourra faciliter leur remontée automatique.

Ce registre répond à une recommandation explicite de la mission flash BergantzJuvin, ainsi qu'aux constats formulés par la Cour des comptes dans son rapport thématique de 2024. Il permettrait de combler une lacune majeure dans le système d'information en santé périnatale, en produisant des indicateurs consolidés, fiables et exploitables, condition indispensable à toute politique publique structurée. Ce nouvel outil offrirait une visibilité accrue sur les situations à risque et faciliterait la mise en œuvre d'actions de prévention ciblées, tout en assurant une meilleure coordination entre acteurs de santé.

L'article 2 institue un moratoire de trois ans sur les fermetures de maternités, afin de permettre une évaluation fine et territorialisée des établissements menacés. Cette mesure vise en particulier les structures dont l'activité tourne autour de 300 accouchements par an, seuil souvent utilisé comme critère implicite de fermeture, sans prise en compte des réalités locales.

Ce moratoire répond à une nécessité urgente : éviter la disparition irréversible de structures de proximité, parfois uniques dans leur zone géographique, avant même que ne soit engagée une analyse sérieuse de leur utilité, de leur accessibilité et de leur potentiel d'amélioration. L'objectif est de réconcilier sécurité et proximité, et de garantir que les décisions de fermeture ne reposent pas exclusivement sur des logiques économiques, mais bien sur des critères de santé publique, adaptés aux spécificités territoriales.

Il s'agit d'amorcer une réflexion nationale sur les critères d'autorisation d'activité obstétrique, en tenant compte des enjeux d'égalité d'accès, de continuité des soins et de résilience des territoires. Le seuil d'activité, aujourd'hui appliqué de manière uniforme, pourrait ainsi être redéfini en fonction de la géographie, de la démographie et des contraintes locales.

L'article 3 rend quant à lui obligatoire la mise en place, dans chaque maternité, de formations régulières aux gestes d'urgence obstétrique. Cette mesure, elle aussi issue des recommandations de la mission flash, vise à renforcer la capacité des équipes médicales à faire face aux situations critiques, en particulier dans les structures isolées ou à faible effectif.

Ces formations devront être certifiées par la Haute Autorité de santé, qui pourra également en évaluer l'effectivité et la qualité. Elles permettront de réduire les inégalités de prise en charge, d'assurer une montée en compétence des professionnels, et de consolider la sécurité des accouchements sur l'ensemble du territoire, quel que soit le niveau d'activité des établissements.