Dispositif :
Dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport concernant la prestation d'accueil du jeune enfant et la prestation de service unique. Ce rapport évalue les évolutions nécessaires de la prestation d'accueil du jeune enfant mais également de la prestation de service unique. Il étudie les conséquences de leur mode de calcul sur la qualité d'accueil des enfants et sur le travail des professionnels. Son contenu évalue également la pertinence de supprimer le taux de facturation comme critère de financement des établissements d'accueil du jeune enfant et d'établir des financements uniquement sur la base d'heures facturées. Il propose enfin des préconisations d'évolution du mode de financement des établissements d'accueil des jeunes enfants.
Exposé sommaire :
Par cet amendement, les député.es du groupe parlementaire LFI-NFP sollicitent la remise d'un rapport sur les évolutions nécessaires de la prestation de service unique et de la prestation d'accueil du jeune enfant.
Les établissements d'accueil des jeunes enfants peuvent choisir deux modes de financement : la PSU, Prestation Sociale Unique, et la PAJE, Prestation d'Accueil du Jeune Enfant. Ces deux prestations sont versées par les CAF aux établissements sur la base de deux modes de calculs différents, afin qu'ils mènent leur activité de crèche. Pourtant, chacun d'eux sont critiqués.
D'abord, la réforme de la PSU de 2014 instaurant un taux de facturation comme mode de calcul (appuyé sur un ratio heures facturées / heures de présence effectives) est dans la ligne de mire de nombreux acteurs. Un collectif « anti-PSU », constitué de professionnelles, gestionnaires de structures, directeurs et directrices d' établissements d'accueil du jeune enfant (EAJE) et d'association professionnelle s'est constitué dès 2016. Il dénonce un système « qui plonge les établissements dans des calculs invraisemblables, les oblige à contrôler les parents (badgeuse, etc.), perturbe leur fonctionnement (plannings compliqué), fragilise le personnel (il faut faire tout vite, trop vite) et met en péril leur équilibre financier ». « Nos crèches ne sont pas un dépose minute », dénonce-t-il. Neufs ans après la réforme de 2014, alors que les témoignages de difficultés liées à ce mode de financement affluent, il importe de faire un bilan de ce mode de calcul et de procéder aux évolutions nécessaires. Le système de financement des établissements de crèches par l'intermédiaire de la PAJE essuie encore plus de critiques.
Dans un rapport publié en avril 2023, l'Inspection Générale des Affaires Sociales s'inquiète : « les financeurs publics ne disposent pas de visibilité suffisante sur les dépenses publiques engagées en direction des établissements, et sur l'orientation effective de ces financement vers l'amélioration de la qualité d'accueil ». Il poursuit « ce manque de visibilité est plus net encore pour les micro crèches financées par le biais de la PAJE, qui ne font pas l'objet d'un contrôle financier de la branche famille, dans la mesure où le financement est octroyé aux familles par le biais d'une allocation, et non directement aux établissements ». L'inspection conclue par la suite : « A terme, le manque de sécurisation de ce modèle de financement plaide pour une extinction du système de financement à la PAJE, qui ne présente aucune garantie sérieuse, et ne permet pas aux pouvoirs publics de disposer d'un droit de regard sur des activités qu'ils financent ».
Il est nécessaire de nous doter d'un mode de financement des EAJE qui permette un bon fonctionnement des établissements et qui garantisse le bon usage de l'argent public. Nous devons donc entendre les alertes et approfondir les propositions formulées par les acteurs pertinents. Ainsi, cet amendement demande un rapport sur les évolutions nécessaires de la PSU et de la PAJE.
Sort : Adopté | Déposé le 29/11/2024
Source : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/AMANR5L17PO420120B0517P0D1N000017.xml
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Mesures d’urgence pour protéger nos enfants accueillis en crèches privées à but lucratif
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Procédure
- 29 octobre 2024 — Dépôt du texte (n° 517)
- 4 décembre 2024 — Examen en commission (Commission des affaires sociales)
Exposé des motifs
Mesdames, Messieurs,
Le 18 septembre dernier, Victor Castanet, journaliste d'investigation, publiait son ouvrage « Les Ogres », nous alertant sur les dérives des crèches gérées par des entreprises privées à but lucratif. ([1])°
Rationnements de couches et de produits alimentaires, non‑respect des ratios d'encadrement par les professionnels, manque de transparence financière, suroccupation structurelle, risques de maltraitance et de mauvais traitements, sous‑investissement concernant la masse salariale, pratiques commerciales frauduleuses, etc. : les dérives de ces structures privées sont nombreuses et doivent être sanctionnées.
Ces pratiques illustrent les dérèglements créés par l'emprise croissante du secteur privé à but lucratif dans la prise en charge de nos enfants à bas âge.
En effet, plus d'une nouvelle place sur deux en crèche est aujourd'hui ouverte par des acteurs privés à but lucratif ([2]). Ces entreprises représentent 33 % des places de crèches en France ([3]), soit environ 160 000 berceaux. Selon l'étude réalisée par Xerfi en 2020, le secteur des crèches privées a enregistré un chiffre d'affaires de plus de 1,7 milliard d'euros ([4]).
« Fleurissant aux quatre coins de la France, ces structures privées d'accueil d'enfants sont devenues en quelques années seulement, un placement rentable pour les investisseurs. » ([5])
Cette emprise croissante n'est pas le fruit du hasard. Elle est le fruit d'une stratégie économique pensée. Les principaux groupes privés concernés par ces dérives sont en effet tous financés voire gérés par des fonds d'investissement et des fonds de dette, qui répondent à des logiques d'accumulation de profits pour les actionnaires et les propriétaires de ces entreprises, considérant l'accueil de l'enfant de moins de 3 ans comme une manne financière et un business au même titre qu'un autre.
Pire, cette recherche de profit effrénée est menée sous perfusion d'argent public. En effet, un berceau dans une crèche privée à but lucratif est financé à 66 % en moyenne ([6]) par la branche Famille de la Sécurité sociale.
Cette financiarisation du secteur de la petite enfance est dangereuse à plusieurs égards.
Ainsi l'Inspection générale des affaires sociales s'alarme que « les enfants devaient rester avec des couches souillées en attendant du renfort (…) des privations d'eau, des commandes intentionnelles de repas en moins pour faire des économies » ([7]) dans un récent rapport sur la qualité de l'accueil et la prévention de la maltraitance dans les crèches.
Plus largement, le rapport produit par la commission sur les 1 000 premiers jours a souligné toute la nécessité de mettre au centre de nos politiques publiques de la petite enfance l'intérêt supérieur de l'enfant[8]. Les trois premières années de la vie sont en effet fondamentales dans la construction psychique de l'enfant car il connaît alors une situation de vulnérabilité, construit sa sécurité affective, et a besoin de stabilité dans les figures d'attachement qui l'entourent.
Eu égard à cette importance cruciale des premières années de l'enfant, l'accueil du très jeune enfant en crèche doit dès lors respecter des règles de sécurité et de qualité optimales, grâce notamment à un accompagnement par des professionnels formés et experts du développement de l'enfant.
Pourtant le secteur est en crise.
Il souffre tout d'abord d'un investissement insuffisant de la Nation dans la formation des professionnels. À cet égard, il n'est pas acceptable que des professionnels de la petite enfance soient formés via des modules en ligne, sans aucun contact avec les enfants. Les professionnels de la petite enfance exercent des métiers de la santé et du soin qui nécessitent de la pratique et de l'expérience au contact des jeunes enfants, et qui ne sauraient se résumer à un apport théorique à travers des plateformes numériques. Alors que le secteur de la petite enfance est confronté depuis plusieurs années à une crise d'attractivité des métiers, la réponse des pouvoirs publics a consisté à baisser le niveau et la qualité des formations.
Les politiques publiques récentes se sont en effet résumées à accueillir plus d'enfants sans apport de nouveaux moyens associés. La dernière Loi Taquet de 2022 a, dans ce sens, perpétué la logique du gouvernement Macron, avec notamment un décret du 4 août 2022 permettant l'embauche de professionnels sans diplôme auprès des enfants. Une proposition vécue comme un mépris supplémentaire quant à la reconnaissance sociale des métiers de la petite enfance dans le discours public. De nombreuses collectivités ont dénoncé cette mesure et s'y sont opposées, considérant que le fait d'abaisser les exigences de qualifications ne répondait aucunement à la crise d'attractivité des métiers.
Enfin, dans un contexte de pénurie de professionnels, certains territoires sont en effet en situation critique du fait d'offres de berceaux inférieures à la demande des familles ([9]), et le service public de la petite enfance est à bout de souffle. Face à de telles difficultés du secteur public, le secteur privé lucratif prospère.
Dans ce contexte de crise du secteur de la petite enfance, les socialistes sont fondamentalement opposés à ce phénomène de financiarisation du secteur de la petite enfance évoqué supra, tout comme ils le sont pour l'ensemble des secteurs d'accueil et de prise en charge de personnes vulnérables (les enfants de moins de 3 ans, mais aussi les personnes âgées et les personnes en situation de handicap).
Il est dès lors urgent de mettre un terme à la recherche effrénée du profit et des dividendes réalisés au détriment de la santé et du bien‑être de nos enfants en bas âge.
De telles dérives sont connues et dénoncées par de nombreux acteurs. Les mécanismes de régulation existent et sont possibles. Il nous revient donc maintenant en tant que législateurs d'agir pour protéger nos enfants.
C'est l'objet de la présente proposition de loi qui met sur la table des mesures d'une part consensuelles et d'autre part urgentes pour répondre à une crise historique de l'accueil du jeune enfant.
L'article 1er interdit aux fonds d'investissement d'investir dans les crèches et les grands groupes qui les gèrent. Son objet peut faire l'objet d'un compromis transpartisan : il s'agit de stopper cette recherche effrénée du profit au détriment de la qualité de l'accueil de nos jeunes enfants en crèche.
L'article 2 renforce les sanctions financières quand les crèches ne respectent pas les règles basiques de sécurité et de qualité d'accueil du jeune enfant. Les sanctions financières à la main des pouvoirs publics contre les groupes privés qui mettent en danger la santé des enfants sont aujourd'hui dérisoires : les montants sont insuffisants, et il n'y a pas de palier minimal.
Alors que les professionnels dénoncent l'essor des formations en ligne dans le secteur, l'article 3 interdit les formations à distance pour l'obtention du CAP Petite Enfance. Ces formations, qui ne présentent pas les garanties nécessaires pour permettre aux futurs diplômés d'appréhender la réalité pratique de leur métier, qui amoindrissent le niveau de qualification des auxiliaires de puériculture et qui participent à la dégradation de la qualité de l'accueil, doivent être interdites.
Cette proposition de loi ne résoudra pas l'ensemble des difficultés du secteur de la petite enfance, et ses auteurs en ont bien conscience.
Aussi, les socialistes proposent d'autres mesures structurelles pour réformer notre système d'accueil.
Nous devons tout d'abord repenser les modes de financement, pour lutter contre les objectifs de sur‑occupation qui fragilisent les conditions de travail et la qualité de l'accueil. Il faut ainsi mettre fin au système de la “prestation de service unique” dont tous les acteurs s'accordent à dire qu'il ne convient pas à la spécificité de l'accueil des moins de trois ans et qu'il s'inscrit dans un paradigme purement comptable. Nous défendons le remplacement du financement horaire par un financement forfaitaire. Nous souhaitons également conditionner la perception du financement public au respect de critères qualitatifs d'accueil.
Nous entendons également engager un travail de fond sur l'attractivité des métiers en améliorant la formation initiale et continue, en améliorant les parcours professionnels à travers des dispositifs passerelles, en reconnaissant la pénibilité de ces métiers pour faciliter notamment un départ anticipé en retraite, et faciliter le cas échéant des aménagements de poste.
Il est par ailleurs urgent de revaloriser les niveaux de rémunération des professionnels, qui sont majoritairement des femmes. Pour favoriser l'attractivité des métiers là où les besoins en accueil sont importants, notamment en cœur de ville, il faut faciliter l'accès aux logements sociaux pour ces professionnelles, au plus près de leur lieu de travail quand c'est possible. Contrairement à la logique opérée par les groupes privés, il faut encourager la représentation du personnel, garantir l'accès à des circuits de signalements lorsque des manquements ou des risques pour la santé et la sécurité de l'enfant sont constatés.
En parallèle, et afin de lutter contre la logique du « low cost » engagée par les entreprises privées associée aux crèches en délégation de service public notamment, il est nécessaire d'instaurer un prix plancher du berceau. Enfin, les moyens de la protection maternelle et infantile doivent être renforcés afin de garantir des contrôles effectifs annuels pour toutes les crèches privées sur la base de critères qualitatifs, en permettant aux communes ou au département d'acter la fermeture administrative des crèches au sein desquelles sont relevés des manquements récurrents.