Dispositif :
Le quatrième alinéa de l'article L. 2324‑1 du code de la santé publique est remplacé par trois alinéas ainsi rédigés :
« Les conditions exigibles de qualification professionnelle des personne exerçant leur activité dans les établissements ou dans les services mentionnés aux trois premiers alinéas prévoient l'effectif moyen annuel du personnel de l'établissement chargé de l'encadrement des enfants de manière à respecter les proportions suivantes en équivalent temps plein :
« 1° À hauteur au moins de soixante pour cent de l'effectif des personnes titulaires du diplôme d'État de puéricultrice, des éducateurs de jeunes enfants diplômés d'État, des auxiliaires de puériculture diplômés, des infirmiers diplômés d'État ou des psychomotriciens diplômés d'État ;
« 2° À hauteur au plus de quarante pour cent de l'effectif des titulaires ayant une qualifications définie par l'arrêté du 29 juillet 2022 relatif aux professionnels autorisés à exercer dans les modes d'accueil du jeune enfant et justifiant d'une expérience ou bénéficiant d'un accompagnement définis par le même arrêté. »
Exposé sommaire :
Cet amendement du groupe LFI-NFP vise à rehausser le taux minimal de professionnelles diplômées d'État de 40 % à 60 % dans les établissements d'accueil de jeunes enfants (EAJE), en l'inscrivant dans la loi. Depuis le début des années 2000, le secteur de la petite enfance a été marqué par une série de mesures de dérégulation qui ont favorisé la création de crèches privées lucratives, toujours au détriment de la qualité de l'accueil et des conditions de travail des professionnelles. Le « décret Morano » de 2010 a notamment permis de réduire le taux minimal de professionnelles diplômées d'État de 50 % à 40 %, ce qui a eu des conséquences significatives sur la qualité de l'accueil des jeunes enfants. Nombre de syndicats de professionnelles, directeurs d'établissements ou spécialistes du secteur auditionnés par la commission d'enquête sur le modèle économique des crèches ont souligné l'importance de la qualification des professionnelles pour garantir un accueil de qualité. Les professionnelles diplômées d'État (auxiliaires de puériculture, éducatrices de jeunes enfants, puéricultrices) sont les mieux armés pour répondre aux besoins spécifiques des jeunes enfants, en particulier en matière de développement affectif et psychologique. La diminution du taux de professionnelles diplômées d'État a aussi entraîné une dégradation des conditions de travail dans les EAJE. Mettre des professionnelles moins qualifiées face à des enfants en bas âge, c'est aussi les mettre en danger. Rehausser le taux minimal de professionnelles diplômées d'État à 60 % permettrait donc de renforcer la qualité de l'accueil des jeunes enfants et à améliorer les conditions de travail des professionnelles. Cette mesure contribuerait également à réduire les inégalités entre les différentes structures d'accueil, en s'assurant que toutes les crèches, qu'elles soient publiques ou privées, respectent des standards élevés de qualité. Il est urgent de lutter contre les dérives de la marchandisation du secteur et de rétablir la confiance des familles dans les structures d'accueil.
Sort : Retiré | Déposé le 29/11/2024
Source : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/AMANR5L17PO420120B0517P0D1N000019.xml
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Mesures d’urgence pour protéger nos enfants accueillis en crèches privées à but lucratif
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Procédure
- 29 octobre 2024 — Dépôt du texte (n° 517)
- 4 décembre 2024 — Examen en commission (Commission des affaires sociales)
Exposé des motifs
Mesdames, Messieurs,
Le 18 septembre dernier, Victor Castanet, journaliste d'investigation, publiait son ouvrage « Les Ogres », nous alertant sur les dérives des crèches gérées par des entreprises privées à but lucratif. ([1])°
Rationnements de couches et de produits alimentaires, non‑respect des ratios d'encadrement par les professionnels, manque de transparence financière, suroccupation structurelle, risques de maltraitance et de mauvais traitements, sous‑investissement concernant la masse salariale, pratiques commerciales frauduleuses, etc. : les dérives de ces structures privées sont nombreuses et doivent être sanctionnées.
Ces pratiques illustrent les dérèglements créés par l'emprise croissante du secteur privé à but lucratif dans la prise en charge de nos enfants à bas âge.
En effet, plus d'une nouvelle place sur deux en crèche est aujourd'hui ouverte par des acteurs privés à but lucratif ([2]). Ces entreprises représentent 33 % des places de crèches en France ([3]), soit environ 160 000 berceaux. Selon l'étude réalisée par Xerfi en 2020, le secteur des crèches privées a enregistré un chiffre d'affaires de plus de 1,7 milliard d'euros ([4]).
« Fleurissant aux quatre coins de la France, ces structures privées d'accueil d'enfants sont devenues en quelques années seulement, un placement rentable pour les investisseurs. » ([5])
Cette emprise croissante n'est pas le fruit du hasard. Elle est le fruit d'une stratégie économique pensée. Les principaux groupes privés concernés par ces dérives sont en effet tous financés voire gérés par des fonds d'investissement et des fonds de dette, qui répondent à des logiques d'accumulation de profits pour les actionnaires et les propriétaires de ces entreprises, considérant l'accueil de l'enfant de moins de 3 ans comme une manne financière et un business au même titre qu'un autre.
Pire, cette recherche de profit effrénée est menée sous perfusion d'argent public. En effet, un berceau dans une crèche privée à but lucratif est financé à 66 % en moyenne ([6]) par la branche Famille de la Sécurité sociale.
Cette financiarisation du secteur de la petite enfance est dangereuse à plusieurs égards.
Ainsi l'Inspection générale des affaires sociales s'alarme que « les enfants devaient rester avec des couches souillées en attendant du renfort (…) des privations d'eau, des commandes intentionnelles de repas en moins pour faire des économies » ([7]) dans un récent rapport sur la qualité de l'accueil et la prévention de la maltraitance dans les crèches.
Plus largement, le rapport produit par la commission sur les 1 000 premiers jours a souligné toute la nécessité de mettre au centre de nos politiques publiques de la petite enfance l'intérêt supérieur de l'enfant[8]. Les trois premières années de la vie sont en effet fondamentales dans la construction psychique de l'enfant car il connaît alors une situation de vulnérabilité, construit sa sécurité affective, et a besoin de stabilité dans les figures d'attachement qui l'entourent.
Eu égard à cette importance cruciale des premières années de l'enfant, l'accueil du très jeune enfant en crèche doit dès lors respecter des règles de sécurité et de qualité optimales, grâce notamment à un accompagnement par des professionnels formés et experts du développement de l'enfant.
Pourtant le secteur est en crise.
Il souffre tout d'abord d'un investissement insuffisant de la Nation dans la formation des professionnels. À cet égard, il n'est pas acceptable que des professionnels de la petite enfance soient formés via des modules en ligne, sans aucun contact avec les enfants. Les professionnels de la petite enfance exercent des métiers de la santé et du soin qui nécessitent de la pratique et de l'expérience au contact des jeunes enfants, et qui ne sauraient se résumer à un apport théorique à travers des plateformes numériques. Alors que le secteur de la petite enfance est confronté depuis plusieurs années à une crise d'attractivité des métiers, la réponse des pouvoirs publics a consisté à baisser le niveau et la qualité des formations.
Les politiques publiques récentes se sont en effet résumées à accueillir plus d'enfants sans apport de nouveaux moyens associés. La dernière Loi Taquet de 2022 a, dans ce sens, perpétué la logique du gouvernement Macron, avec notamment un décret du 4 août 2022 permettant l'embauche de professionnels sans diplôme auprès des enfants. Une proposition vécue comme un mépris supplémentaire quant à la reconnaissance sociale des métiers de la petite enfance dans le discours public. De nombreuses collectivités ont dénoncé cette mesure et s'y sont opposées, considérant que le fait d'abaisser les exigences de qualifications ne répondait aucunement à la crise d'attractivité des métiers.
Enfin, dans un contexte de pénurie de professionnels, certains territoires sont en effet en situation critique du fait d'offres de berceaux inférieures à la demande des familles ([9]), et le service public de la petite enfance est à bout de souffle. Face à de telles difficultés du secteur public, le secteur privé lucratif prospère.
Dans ce contexte de crise du secteur de la petite enfance, les socialistes sont fondamentalement opposés à ce phénomène de financiarisation du secteur de la petite enfance évoqué supra, tout comme ils le sont pour l'ensemble des secteurs d'accueil et de prise en charge de personnes vulnérables (les enfants de moins de 3 ans, mais aussi les personnes âgées et les personnes en situation de handicap).
Il est dès lors urgent de mettre un terme à la recherche effrénée du profit et des dividendes réalisés au détriment de la santé et du bien‑être de nos enfants en bas âge.
De telles dérives sont connues et dénoncées par de nombreux acteurs. Les mécanismes de régulation existent et sont possibles. Il nous revient donc maintenant en tant que législateurs d'agir pour protéger nos enfants.
C'est l'objet de la présente proposition de loi qui met sur la table des mesures d'une part consensuelles et d'autre part urgentes pour répondre à une crise historique de l'accueil du jeune enfant.
L'article 1er interdit aux fonds d'investissement d'investir dans les crèches et les grands groupes qui les gèrent. Son objet peut faire l'objet d'un compromis transpartisan : il s'agit de stopper cette recherche effrénée du profit au détriment de la qualité de l'accueil de nos jeunes enfants en crèche.
L'article 2 renforce les sanctions financières quand les crèches ne respectent pas les règles basiques de sécurité et de qualité d'accueil du jeune enfant. Les sanctions financières à la main des pouvoirs publics contre les groupes privés qui mettent en danger la santé des enfants sont aujourd'hui dérisoires : les montants sont insuffisants, et il n'y a pas de palier minimal.
Alors que les professionnels dénoncent l'essor des formations en ligne dans le secteur, l'article 3 interdit les formations à distance pour l'obtention du CAP Petite Enfance. Ces formations, qui ne présentent pas les garanties nécessaires pour permettre aux futurs diplômés d'appréhender la réalité pratique de leur métier, qui amoindrissent le niveau de qualification des auxiliaires de puériculture et qui participent à la dégradation de la qualité de l'accueil, doivent être interdites.
Cette proposition de loi ne résoudra pas l'ensemble des difficultés du secteur de la petite enfance, et ses auteurs en ont bien conscience.
Aussi, les socialistes proposent d'autres mesures structurelles pour réformer notre système d'accueil.
Nous devons tout d'abord repenser les modes de financement, pour lutter contre les objectifs de sur‑occupation qui fragilisent les conditions de travail et la qualité de l'accueil. Il faut ainsi mettre fin au système de la “prestation de service unique” dont tous les acteurs s'accordent à dire qu'il ne convient pas à la spécificité de l'accueil des moins de trois ans et qu'il s'inscrit dans un paradigme purement comptable. Nous défendons le remplacement du financement horaire par un financement forfaitaire. Nous souhaitons également conditionner la perception du financement public au respect de critères qualitatifs d'accueil.
Nous entendons également engager un travail de fond sur l'attractivité des métiers en améliorant la formation initiale et continue, en améliorant les parcours professionnels à travers des dispositifs passerelles, en reconnaissant la pénibilité de ces métiers pour faciliter notamment un départ anticipé en retraite, et faciliter le cas échéant des aménagements de poste.
Il est par ailleurs urgent de revaloriser les niveaux de rémunération des professionnels, qui sont majoritairement des femmes. Pour favoriser l'attractivité des métiers là où les besoins en accueil sont importants, notamment en cœur de ville, il faut faciliter l'accès aux logements sociaux pour ces professionnelles, au plus près de leur lieu de travail quand c'est possible. Contrairement à la logique opérée par les groupes privés, il faut encourager la représentation du personnel, garantir l'accès à des circuits de signalements lorsque des manquements ou des risques pour la santé et la sécurité de l'enfant sont constatés.
En parallèle, et afin de lutter contre la logique du « low cost » engagée par les entreprises privées associée aux crèches en délégation de service public notamment, il est nécessaire d'instaurer un prix plancher du berceau. Enfin, les moyens de la protection maternelle et infantile doivent être renforcés afin de garantir des contrôles effectifs annuels pour toutes les crèches privées sur la base de critères qualitatifs, en permettant aux communes ou au département d'acter la fermeture administrative des crèches au sein desquelles sont relevés des manquements récurrents.