Accélérer la prévention cardio-neuro-vasculaire et anticiper un risque sanitaire et social majeur
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Hendrik Davi 53b9439db4 Amendement 13 — après art. 2
Dispositif :

    L'article L. 1413-1 du code de la santé publique est complété par un alinéa ainsi rédigé :
    « Pour l'exercice de ses missions, l'Agence nationale de santé publique assure notamment la conception, la production, l'évaluation et, le cas échéant, l'expérimentation des méthodes, des stratégies et des actions de promotion de la santé, de prévention et d'éducation pour la santé, ainsi que des supports d'information et d'intervention, notamment des campagnes nationales de communication et des dispositifs de prévention par l'aide à distance, en particulier pour la sensibilisation aux facteurs de risques cardio-neuro-vasculaires. »

Exposé sommaire :

    Le présent amendement vise à consacrer le rôle de l'agence Santé Publique France dans la conduite des dispositifs nationaux de prévention incluant des campagnes de communication en santé publique, en particulier pour limiter les facteurs de risques des maladies cardio-neuro-vasculaires.
    L'objectif d'amélioration des politiques de prévention de la présente proposition de loi est salutaire. Toutefois, une telle politique ne peut être menée de manière efficace, avec l'adhésion des publics, qu'à la condition de reposer sur le consensus scientifique porté et mis en œuvre par des instances indépendantes et hermétiques aux pressions des différents lobbys.
    Or, le gouvernement a annoncé en janvier 2026 sa volonté de “recentrer les missions de Santé publique France” en lui ôtant notamment la conduite des campagnes nationales de communication en santé publique, qui seraient transférées au ministère de la Santé et à la Caisse nationale d'assurance-maladie.
    Cet ajustement a été décrié par un très grand nombre de professionnels de santé, de syndicats et d'agents de Santé Publique France qui y voient, à raison, un début de démantèlement et un risque majeur pour l'indépendance et la sincérité des campagnes de communication. Celles-ci ont déjà fait l'objet de censure par le passé.
    Enfin, le processus de construction et de mise en œuvre des politiques de santé perdrait alors la dimension transversale qui en fait la richesse et l'efficacité aujourd'hui.
    Par cet amendement, le groupe Écologiste et social entend donc consacrer le rôle de Santé Publique France en matière de prévention, dont la conception et le déploiement des campagnes de sensibilisation et d'action sur les facteurs de risque des maladies cardio-neuro-vasculaires.

Sort : Retiré après publication | Déposé le 02/04/2026
Source : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/AMANR5L17PO838901BTC2616P0D1N000013.xml

Co-authored-by: Marie-Charlotte Garin <PA795010@deputes.angit.example>
Co-authored-by: Sandrine Rousseau <PA795076@deputes.angit.example>
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Accélérer la prévention cardio-neuro-vasculaire et anticiper un risque sanitaire et social majeur

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Procédure

  • 23 décembre 2025 — Dépôt du texte (n° 2309)
  • 1er avril 2026 — Examen en commission (Commission des affaires sociales)
  • 8 avril 2026 — Discussion en séance publique (sur le texte de la commission)

Exposé des motifs

Mesdames, Messieurs,

Une véritable bombe à retardement menace la santé de nos concitoyens et la pérennité du modèle social auquel nous tenons tant.

Les maladies cardioneurovasculaires constituent un des enjeux majeurs de santé publique en France et conditionnent l'avenir de la Sécurité sociale. Elles demeurent la deuxième cause de mortalité aussi bien chez les femmes et les hommes, alors même qu'elles restent trop souvent perçues comme des pathologies essentiellement masculines ([1]). En 2022, elles ont entraîné plus de 1,2 million d'hospitalisations et environ 140 000 décès ([2]), représentant un fardeau humain, social et économique considérable.

Ces pathologies sont étroitement liées aux facteurs de risque cardiovasculaire qui sont fréquemment associés aux modes de vie et à l'environnement : sédentarité, alimentation déséquilibrée, consommation de tabac, exposition au stress, conditions de travail, précarité sociale ou encore inégalités territoriales d'accès à la prévention et aux soins.

Leur incidence est significativement plus élevée dans les populations socialement défavorisées, où les facteurs de risque s'additionnent et où le recours au dépistage et au suivi médical est plus tardif ([3]). Les maladies cardioneurovasculaires constituent ainsi un marqueur puissant des inégalités sociales de santé.

Les données récentes relatives aux facteurs de risque cardiovasculaire dans la population française demeurent préoccupantes. 31 % des adultes sont hypertendus, 23 % présentent une hypercholestérolémie, 17 % sont obèses et 7 % sont diabétiques ([4]). Ces facteurs de risque, souvent silencieux, sont insuffisamment dépistés et insuffisamment contrôlés : près de la moitié des personnes hypertendues et plus d'un cinquième des personnes diabétiques ignorent leur pathologie ([5]).

Ce défaut de repérage précoce et de suivi régulier constitue l'un des principaux déterminants de la survenue d'événements cardioneurovasculaires graves.

Les données scientifiques les plus récentes confirment de manière particulièrement éloquente l'impact déterminant de la prévention cardiovasculaire. Une étude internationale de grande ampleur, pilotée par le Pr Jean Ferrières (CHU de Toulouse, Inserm) et publiée en juillet 2025 dans le New England Journal of Medicine, montre qu'il est possible de gagner jusqu'à quatorze années d'espérance de vie lorsque les cinq principaux facteurs de risque cardiovasculaire - tabagisme, hypertension artérielle, hypercholestérolémie, diabète et surpoids sont efficacement maîtrisés ([6]). Cette étude, conduite sur environ 2 000 patients, met en évidence que les femmes ne présentant aucun de ces facteurs gagnent en moyenne 14,5 années d'espérance de vie, tandis que les hommes gagnent en moyenne 11,8 années ([7]). Même la maîtrise d'un seul de ces facteurs permettrait un gain estimé entre quatre et six années d'espérance de vie, selon le facteur concerné et le sexe ([8]).

Ces résultats illustrent de manière concrète que la prévention cardiovasculaire ne se limite pas à éviter des décès prématurés, mais qu'elle permet également de vivre plus longtemps en bonne santé, en retardant l'apparition des maladies cardioneurovasculaires et de leurs complications. Ils confortent l'idée selon laquelle agir sur les modes de vie, l'environnement et le repérage précoce des facteurs de risque constitue l'un des leviers les plus efficaces de santé publique.

Parmi ces affections, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) occupent une place centrale. Chaque année, environ 120 000 personnes sont victimes d'un AVC en France, causant près de 30 000 décès ([9]). Les AVC constituent la première cause de handicap physique acquis chez l'adulte et la deuxième cause de démence, avec environ 800 000 personnes vivant avec des séquelles parfois lourdes et durables ([10]). En France, un accident vasculaire cérébral ou un infarctus du myocarde survient en moyenne toutes les deux minutes, soulignant l'ampleur et la permanence de cette urgence sanitaire ([11]). Ces événements touchent des personnes de plus en plus jeunes et entraînent des conséquences durables en termes de mortalité, de handicap et de perte d'autonomie.

Le coût économique de ces pathologies est considérable. La prise en charge des AVC représente environ 4,5 milliards d'euros par an, dont 1,76 milliard d'euros pour la phase aiguë et 2,7 milliards d'euros pour la prise en charge des séquelles ([12]). Ces dépenses interviennent dans un contexte de fragilité persistante des comptes sociaux, marqué par la progression continue des maladies chroniques et par la tension sur l'objectif national de dépenses d'assurance maladie.

Le rapport de la Cour des comptes rendu public à l'automne 2025 dresse un constat sévère sur la prévention et la prise en charge des AVC en France. Il souligne le caractère insuffisant et insuffisamment ciblé de la prévention, en particulier en matière de dépistage et de contrôle de l'hypertension artérielle, premier facteur de risque d'AVC ([13]). À l'échelle mondiale, en l'absence de mesures renforcées, le nombre de décès liés aux AVC pourrait doubler d'ici 2050 pour atteindre près de 10 millions de morts par an ([14]).

La Cour des comptes relève également une répartition contestable des ressources de soins, avec des incohérences dans l'accès aux soins médicaux de réadaptation, contribuant à la saturation des unités spécialisées et à une perte d'efficience du système. Elle identifie un potentiel d'économies de plusieurs centaines de millions d'euros par an si les parcours de soins et la prévention étaient mieux organisés ([15]).

Selon le rapport charges et produits de l'assurance maladie le plus récent, les maladies chroniques devraient représenter près des deux tiers des dépenses de l'assurance maladie à l'horizon des prochaines années, confirmant leur poids structurel croissant dans l'ONDAM ([16]). Parmi elles, les maladies cardioneurovasculaires constituent l'un des premiers postes de dépenses, avec un coût annuel estimé à près de 20 milliards d'euros, incluant les soins hospitaliers, ambulatoires et les prises en charge de long terme ([17]).

Audelà des seules dépenses de santé, les maladies cardioneurovasculaires pèsent lourdement sur le fonctionnement socioéconomique du pays. Elles sont à l'origine d'un volume important d'arrêts de travail, d'indemnités journalières versées et de pertes de productivité. Les estimations disponibles suggèrent qu'une stratégie renforcée de prévention des facteurs de risque cardiovasculaire pourrait générer entre 800 millions et 1,2 milliard d'euros d'économies par an, tout en réduisant les pertes de produit intérieur brut associées ([18]).

Face à ces constats, l'enjeu est clair : il s'agit de développer une véritable prévention primaire, en agissant en amont de la maladie, sur les déterminants de santé et les facteurs de risque, afin de favoriser une bonne santé durable et une réduction globale du risque cardiovasculaire. Cette approche globale implique non seulement le dépistage, mais aussi l'amélioration du contrôle et du suivi des facteurs de risque et des maladies cardiaques chroniques, encore trop souvent insuffisants, conduisant à des complications évitables et à des entrées prématurées en affection de longue durée.

Enfin, la prévention des maladies cardioneurovasculaires constitue également un levier majeur pour éviter l'entrée évitable dans le régime des affections de longue durée, bénéfique tant pour les personnes concernées que pour la soutenabilité de notre système social. La comparaison européenne illustre le retard français en matière de dépenses de prévention : en 2022, les dépenses de soins préventifs par habitant s'élevaient à 457,70 euros en Allemagne et 410,60 euros en Autriche, contre 186 euros en France ([19]).

La représentation nationale a ainsi la responsabilité à faire de la prévention et de la santé cardiovasculaire une priorité stratégique, en la greffant aux politiques de prévention déjà présentes dans la loi en insistant sur leurs singularités et leur impact économique et sanitaire à moyen terme. Cette prévention doit être fondée sur une approche globale de la santé, attentive aux inégalités sociales et territoriales, et tournée vers la promotion d'une bonne santé tout au long de la vie.

Au cours des quinze dernières années, des progrès ont néanmoins été accomplis en matière de prévention et de promotion de la santé. Les politiques publiques menées ont permis de mieux reconnaître le rôle des déterminants de santé, de renforcer certaines actions de dépistage et d'encourager l'activité physique comme levier de prévention. Ces orientations ont contribué à faire évoluer les représentations et à inscrire la prévention dans une approche plus globale du parcours de santé.

Toutefois, les résultats observés en matière de maladies cardioneurovasculaires demeurent largement insuffisants. L'incidence élevée de ces pathologies, la persistance d'inégalités sociales et territoriales marquées, ainsi que le retard dans le dépistage et le contrôle effectif des facteurs de risque montrent que les dispositifs existants, essentiellement généralistes, ne permettent pas à eux seuls de répondre à l'ampleur de l'enjeu. Les maladies cardioneurovasculaires appellent une prévention dérogatoire et spécifique, ciblée sur leurs déterminants propres, leurs facteurs de risque silencieux et leur poids particulier en termes de mortalité, de handicap et de coûts sociaux.

C'est dans cette perspective que la présente proposition de loi entend compléter et renforcer les politiques existantes, non en s'y substituant, mais en apportant des outils supplémentaires, adaptés et proportionnés, afin de réduire durablement le risque cardiovasculaire et d'améliorer l'état de santé de la population.

Ainsi, son article 1er renforce explicitement la place des maladies cardioneurovasculaires dans les politiques nationales de prévention et de dépistage prévues par le code de la santé publique. Il vise à intégrer de manière obligatoire la sensibilisation au dépistage des maladies cardioneurovasculaires et de leurs principaux facteurs de risque tels qu'à titre d'exemple hypertension artérielle, diabète et cholestérol dans les dispositifs existants, afin de favoriser un repérage plus précoce et un meilleur suivi tout au long de la vie.

L'article 2 agit au niveau du milieu professionnel, en instaurant l'organisation annuelle d'une action de sensibilisation et de prévention spécifiquement liée aux facteurs de risque cardiovasculaire au bénéfice des salariés. Il reconnaît explicitement le rôle du tissu associatif de prévention et s'inscrit dans une démarche non médicalisée, complémentaire des obligations générales de prévention de l'employeur. Le lieu de travail devient ainsi un levier de diffusion de la prévention, agissant sur les modes de vie, l'information et la responsabilisation individuelle, sans alourdir la charge pesant sur la médecine du travail.

L'article 3 assure la compensation financière de la présente proposition de loi, conformément aux exigences constitutionnelles.