Dispositif :
Rédiger ainsi cet article :
« I. – Par dérogation au quatrième alinéa de l'article 375‑1du code civil, à titre expérimental et pour une durée de deux ans à compter de la date fixée par le décret visé au II et dans quatre tribunaux judiciaires désignés par arrêté du garde des sceaux, le mineur est obligatoirement assisté d'un avocat dans le cadre de la procédure d'assistance éducative. À défaut de choix d'un avocat par le mineur, le juge des enfants demande au bâtonnier de désigner un avocat commis d'office. Dans les deux cas, le mineur bénéficie de droit de l'aide juridictionnelle.
« Au plus tard six mois avant le terme de l'expérimentation, le Gouvernement adresse au Parlement un rapport procédant à son évaluation.
« II. – Un décret en Conseil d'État précise les modalités d'application du présent article, notamment les modalités de conduite et d'évaluation de l'expérimentation. »
Exposé sommaire :
Cet amendement vise à prévoir une expérimentation de l'assistance obligatoire du mineur en assistance éducative. La généralisation de l'assistance obligatoire du mineur par un avocat aura en effet des conséquences organisationnelles pour les juridictions comme pour les barreaux ainsi que des conséquences budgétaires qui restent à évaluer. Une généralisation, sans expérimentation antérieure pourrait s'avérer contraire à l'intérêt de l'enfant : si les juridictions et les barreaux ne sont pas en mesure d'assumer une telle charge, les délais de jugement risquent d'augmenter, ce qui est contraire à l'intérêt de l'enfant. Les expérimentations menées jusqu'à présent dans un nombre limité de juridictions à l'initiative du Conseil national des barreaux sont insuffisantes pour démontrer la faisabilité pratique de cette mesure quelle que soit la taille de la juridiction et du barreau. Il conviendra à l'issue de l'expérimentation d'analyser l'ensemble des impacts de cette mesure, ceux-ci pouvant se révéler différents selon la taille des juridictions et des barreaux.
Sort : Rejeté | Déposé le 05/12/2025
Source : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/AMANR5L17PO838901BTC2191P0D1N000002.xml
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Assurer le droit de chaque enfant à disposer d’un avocat dans le cadre d’une mesure d’assistance éducative et de protection de l’enfance
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Procédure
- 16 septembre 2025 — Dépôt du texte (n° 1831)
- 3 décembre 2025 — Examen en commission (Commission des lois)
- 11 décembre 2025 — Discussion en séance publique (sur le texte de la commission)
Exposé des motifs
Mesdames, Messieurs,
La Convention internationale des droits de l'enfant (CIDE) des Nations Unies, ratifiée par la France en 1990, fait de l'intérêt supérieur de l'enfant une considération primordiale dans toutes les décisions le concernant, « qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs » (alinéa 1er de l'article 3).
L'intérêt supérieur de l'enfant est entendu comme la prise en compte de sa personne et de son point de vue, dans l'expression de sa parole et de ses besoins fondamentaux.
En matière pénale, la présence d'un avocat aux côtés d'un enfant en conflit avec la loi est obligatoire au titre de l'article L. 12‑4 du code de la justice pénale des mineurs. Mais en matière de protection de l'enfance, la présence de l'avocat auprès de l'enfant discernant n'ayant pas fait le choix d'un avocat, souvent par méconnaissance de ses droits, reste laissée à la discrétion du Juge des enfants. Pour ceux non capables de discernement, le juge peut désigner un administrateur ad hoc.
Rappelons que l'accès à un avocat en assistance éducative reste différencié entre les enfants de moins de 13 ans, qui n'ont que la possibilité de solliciter des personnalités ad hoc et de plus de 13 ans à qui leur est accordé le droit de recourir à un avocat.
Or, la solution la plus protectrice des droits est la présence de l'avocat pour tous les enfants, quel que soit leur âge, leur degré de discernement, dès lors qu'il y a risque de danger ou danger immédiat.
La présence d'un avocat permet :
‑ de garantir l'exercice effectif de droits procéduraux ;
‑ de favoriser un traitement égal de chaque enfant devant la justice ou l'autorité administrative ;
‑ d'assurer l'assistance, la représentation de l'enfant et le respect de sa parole ;
‑ de consolider un accompagnement pérenne de l'enfant par son avocat, en limitant les effets de rupture : en restituant ce qu'il lui est dit, l'avocat permet à l'enfant de comprendre le traitement de sa parole par les différentes instances de l'aide sociale à l'enfance et par la justice. Il devient une « mémoire » ;
‑ de veiller à ce que les décisions prises par le juge des enfants, en matière d'assistance éducative, soient bien exécutées.
Si le juge des enfants doit rester le garant de l'intérêt de l'enfant, le juge décide de manière impartiale, en fonction de la loi tandis que l'avocat défend les intérêts de l'enfant pour s'assurer que ses droits soient protégés et sa personne respectée dans les décisions rendues.
Depuis 2021, la profession d'avocat s'est dotée d'un certificat de spécialisation, mention « droit des enfants », délivré par le Conseil national des barreaux qui permet à l'avocat d'enfant d'être particulièrement compétent et pertinent dans sa relation avec les magistrats et les cadres médicaux‑sociaux spécialisés.
Dans le cadre des États généraux de la justice, initiés par le Président de la République et dont le rapport a été publié en 2022, l'annexe 14 du rapport du groupe de travail « Sur la justice de protection », rassemblant représentants de l'État, magistrats, avocats, médecins, protection judiciaire de la jeunesse et l'Association des départements de France, recommande, parmi les mesures visant à améliorer la protection de l'enfance, la présence systématique d'un avocat pour tous les enfants, quel que soit leur âge.
L'heure n'est plus à l'expérimentation : toutes les initiatives en ce sens ont déjà été menées avec succès, notamment par le barreau des Hauts‑de‑Seine en collaboration avec plusieurs juges des enfants.
Il a été démontré que les enfants placés sous une mesure d'assistance éducative ont pu nouer un lien de confiance avec un avocat spécialement formé pour recueillir leur parole, garantir l'effectivité de leurs droits et assurer un suivi tout au long des procédures les concernant.
Toutes les conditions sont donc réunies pour instaurer la présence systématique d'un avocat en assistance éducative à chaque étape du processus judiciaire.
Il est temps que les enfants en danger accompagnés dans le cadre des mesures d'assistance éducative et de protection de l'enfance deviennent pleinement des sujets de droit et que leurs intérêts soient défendus de manière indépendante et complète, garantissant ainsi de manière plus effective et pérenne leur protection et leur intégrité.